C'est pas classique 2017

Le mot du parrain : Nigel KENNEDY

Au début de votre apprentissage du violon, aviez-vous déjà, de manière consciente ou plus instinctive, cette vision qu’un musicien classique doit s’ouvrir sur les autres musiques et musiciens pas forcement issus de l’univers classique ?

Toutes les musiques à travers le monde m’inspirent. Je suis également inspiré par les gens et la passion. J’ai toujours pensé que la musique ne devait être compartimentée. J’ai travaillé tout au long de ma carrière avec tant de musiciens, Sir Paul Mc Cartney, Robert Plant, Led zeppelin, Kate Bush, les Who et tellement d’autres. Ils m’ont tous transmis leur propre méthode que j’ai assimilée.

Robert, à l’époque, avait un groupe composé en majeure partie par des américains et ils commençaient à être un peu agacés à cause du son du violon électrique. Nous étions en train de le tester, il vint à moi et me dit : « Monte le son Nige ! ».

Les Who étaient bizarres. Il y avait un peu de tension avec Pete Townsend au début mais cela se dissipa rapidement. J’ai joué Bab O’Rielly avec eux au Albert Hall. Le groupe était tellement précis et leur énergie aussi puissante qu’une bombe atomique. C’était fantastique

Macca (Paul Mc Cartney NDLR) est un formidable compositeur avec de merveilleuses harmonies. Il est tellement doué, il peut jouer de la basse, du clavier, de la guitare. Il est vraiment talentueux.

J’ai appris aussi en travaillant avec Kate Bush. C’est quelqu’un de complètement normal quand on commence à la fréquenter quotidiennement. Elle est paisible et n’a pas la grosse tête. Elle prend des risques. Elle se donne à 200 % dans chacun de ses albums. Elle n’en sort jamais indemne.

Pour être passionné et ne jamais perdre l’envie de grandir, c’est très important d’apprendre des autres musiciens. Personne ne va dans les concerts pour l’intelligence du musicien. Ils y vont pour écouter une musique qui déchire, qu’importe la musique.

Pouvez-vous, en deux mots, qualifier ce que vous ont apporté les 5 musiciens à qui vous rendez hommage dans ce programme de Dedicaces ?

Inspiration et créativité

Vous êtes un fervent supporter de sport collectif, le football en l’occurrence : faites-vous un parallèle entre une équipe et un orchestre ?

Le sport en compétition est une de mes grandes passions. Pour être au top, il faut consacrer sa vie entière à ce sport. C’est à dire travailler en permanence avec les gens qui vous entourent mais toujours être un individu à part entière.

Le tennis, par exemple, est pratiqué pour l’honneur. Ils évoluent tellement vite. Novak Djokovic et Andy Murray se comportent de manière tellement élégante et sont de si bons exemples pour les gens. C’est incroyable. On les voit se transformer, passant de jeunes gars irritables à des hommes qui donnent tout et qui ont encore cette volonté de devenir meilleurs. Ce sont de véritables exemples à suivre

Le football, la boxe, le tennis et le cricket sont des sports importants pour moi.

C’est incroyable comme Andy Murray, ce jeune homme de 28 ans, s’est transformé. Pareil pour Djokovic. Je l’apprécie beaucoup car il a un très grand cœur. Il ne sait pas ce que c’est que la défaite. Il peut être 0-6, 1-6, 0-4 dans un jeu à 5 sets et réussir à revenir au score et gagner. Andy Murray, c’est simplement un gentleman.

C’est pareil avec la musique. Il faut s’écouter soi-même. Utiliser notre cerveau. S’inspirer les uns des autres. Jouer seul, s’y consacrer entièrement et continuer d’évoluer.

Les 4 saisons de Vivaldi sont une œuvre maîtresse de votre répertoire.
Avec la maîtrise de cette partition qui est la vôtre, que découvrez-vous encore en la jouant ?

Mon premier enregistrement des 4 saisons avec la English Chamber Orchestra fut le premier album classique à succès. Avant Pavarotti et avant Vanessa Mae et avant que quiconque commence à faire parler de lui dans la musique classique. Ce récit de voyage se prête à différentes techniques et développements.

Je suis très heureux de ce qu’il s’est passé cette première fois parce que cela m’a permis d’être connu et placé dans une position où personne ne me donnait d’ordre, pas même les compagnies de disques ou les agents. Ils avaient beaucoup moins d’influence parce que j’avais du succès. Cela m’a permis d’être autonome, de faire mes propres choix, de poursuivre mon chemin et de me développer, en tant que musicien, comme je l’entendais.

Les 4 saisons ont toujours été importantes, mais c’est quelque chose de différent maintenant. J’ai un orchestre composé de jeunes gens, qui jouent et improvisent à la perfection, et je veux désormais transmettre autre chose au public. J’adore jouer dans différents lieux. C’est différent à chaque fois. Les spectacles ne sont jamais pareils d’un soir sur l’autre. C’est bien parce qu’avec mon spectacle, je ne suis pas dépendant des lumières, comme les groupes de rock et je ne veux pas être non plus dirigé par un chef d’orchestre quand je joue du classique. Je fais juste ce que je veux. Je puise dans les vibrations émises par le public et cela influence ma manière de jouer chaque soir.

La musique, c’est une manière de vivre, de consacrer sa vie à son art. Ne jamais perdre son envie de grandir, c’est donc chercher toujours plus dans chaque partition.